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Un Big Brother marocain qui vous veut du bien?

La Dépêche | 13 septembre 2017 à 7 h 55 min | Mis à jour 13 septembre 2017

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Un Big Brother marocain qui vous veut du bien?
© Sami Ameur

Empreintes de l’iris et digitales, informations bancaires, conditions familiales… Le gouvernement El Othmani travaillera en 2019 sur un projet d’envergure consistant à collecter des données sur tous les Marocains. Le but? "Mieux distribuer les subventions aux Marocains", répondent ses initiateurs. Et les contrôler davantage?

 

Alors que le projet de décompensation des produits de première nécessité, initié sous le mandat Benkirane, se poursuit, l’équipe gouvernementale planche actuellement sur une solution qui permettrait de mieux cibler la population nécessitant des subventions et aides sociales. "Il s’agit d’un projet de collecte de données pour chaque citoyen dont le lancement est prévu en 2019, afin de mieux identifier les personnes dans le besoin", nous révèle Lahcen Daoudi, ministre délégué aux Affaires générales.

 

"Nous lancerons un immense projet dans deux ans, qui consistera à assigner un identifiant unique à chaque citoyen depuis sa naissance", explique Lahcen Daoudi.

 

Cet identifiant, qui devrait à terme "remplacer la carte d’identité nationale", devrait renvoyer à un ensemble d’informations précises sur chaque citoyen. "Cela va de sa condition familiale, à sa situation financière, en plus des données biométriques servant à l’identification de la personne."

 

Cet identifiant unique à dix chiffres permettrait, selon Lahcen Daoudi de mieux identifier les populations éligibles à la subvention de certains produits alimentaires et énergétiques de première nécessité. L’objectif sous-jacent étant de "permettre l’injection du budget de compensation de manière plus intelligente afin d’améliorer le pouvoir d’achat de la population ciblée".

 

Mieux distribuer le budget de la compensation

"La compensation du gaz, à titre d’exemple, coûte dans les 16 millions de dirhams à l’Etat. Si on dépensait cette somme sur les plus défavorisés, on boosterait forcément leur condition socio-économique", explique le ministre délégué aux Affaires générales.

 

Ce projet est parti du constat que la compensation ne profite pas assez aux plus démunis, détaille notre interlocuteur. "Une personne dans le besoin consomme une ou deux bonbonnes de gaz au maximum par mois. La compensation profite davantage à des personnes riches qui consomment bien plus de bonbonnes chaque  jour, dans différentes activités, et qui continuent à se cacher derrière les pauvres", estime celui qui a fixé la décompensation du gaz pour courant 2019.

 

"Les personnes qui ont besoin de cette compensation en bénéficieront toujours, et devraient profiter de davantage d’aides de l’Etat", rassure-t-il.

 

Une idée venue d’Inde

Pour ce projet d’envergure "qui devrait prendre plusieurs années", Lahcen Daoudi reconnaît que le "gouvernement s’est inspiré du modèle indien". Le sous-continent a initié en 2010 une opération de collecte de données relatives aux citoyens (1,25 milliard de personnes), en scannant leurs empreintes et iris. Des données rassemblées dans une "signature digitale" constituant un identifiant à douze chiffres renvoyant aux informations personnelles collectées sur chaque citoyen.

L’Inde avait mené ce projet, qui arrive à terme après l’identification de plus d’un milliard d’habitants, pour la même raison avancée par Lahcen Daoudi: la mauvaise allocation des produits subventionnés et des aides sociales.

 

Selon un rapport gouvernemental en Inde datant de 2006, 73% de l’argent destiné à subventionner les produits de première nécessité et les aides sociales (estimé à 60 milliards de dollars par an) atterrissaient dans les mauvaises poches pour diverses raisons: usurpation d’identité, corruption, etc.

 

Un moyen de surveiller la population?

Mais cette carte d’identité biométrique version Big Brother n’est pas sans conséquences. Cet outil, qui sert également de moyen de paiement en Inde (l’identité de l’individu étant également liée à ses comptes bancaires), est critiqué pour sa possible utilisation à des fins de surveillance. Plusieurs voix s’élèvent actuellement dans l’Etat fédéral, dénonçant le fichage des citoyens.

 

Les experts en sécurité sont unanimes: l’usage du biométrique est un outil parfait pour surveiller de près les habitants. Comme le rapporte Libération, le gouvernement britannique avait suspendu son projet de mise en place d’une carte d’identité biométrique, estimant que "le risque d’atteinte aux libertés était trop important".

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