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Accusé de génocide, Omar El-Béchir ne risque rien au Maroc

La Dépêche | 5 août 2017 à 10 h 13 min | Mis à jour 5 août 2017

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Accusé de génocide, Omar El-Béchir ne risque rien au Maroc
© MAP

Le président soudanais Omar El-Béchir est arrivé jeudi 3 août à Tanger pour une “visite privée”, suscitant la colère de défenseurs des droits de l’Homme au Maroc. El-Béchir n’est pas un visiteur ordinaire: il est sous le coup de deux mandats d'arrêt internationaux. Pourquoi ce président, visé par deux inculpations émises par la Cour pénale internationale (CPI) en 2009 et 2010 pour génocide, crimes contre l'humanité et crimes de guerre, circule au Maroc sans la moindre inquiétude? Décryptage.

 

  • Que fait la CPI?

La Cour pénale internationale, régie par le Statut de Rome, a été créée en 1998, sous l’impulsion de l’Organisation des Nations unies (ONU), dont elle est toutefois indépendante. 124 Etats sont parties au Statut, dont une majorité de pays africains, l’ensemble des pays de l’Union Européenne, et la Palestine, dernier pays à être devenu membre, en 2015. Le Maroc, bien qu’ayant signé le statut de Rome, ne l’a pas ratifié, ce qui signifie que le Royaume n’est pas engagé à respecter ce traité international.

La CPI s’est donnée pour objectif de “mettre fin à l’impunité des auteurs des crimes les plus graves (génocide, crime contre l’humanité, crime de guerre, ndlr) qui touchent la communauté internationale”, comme l’explique son site officiel. La CPI ne peut poursuivre que des personnes physiques, et non des Etats.

La Cour a délivré 12 mandats d’arrêt, notamment le président soudanais Omar El-Béchir, Saïf al-Islam Kadhafi, l’un des fils de Mouammar Kadhafi, et Simone Gbagbo, la femme de l’ancien président ivoirien. Les charges contre trois autres personnes, dont Mouammar Kadhafi, ont été abandonnées après leur mort.

 

  • De quoi est accusé El-Béchir?

Les crimes pour lesquels El-Béchir est recherché concernent le conflit au Darfour qui a opposé, de mars 2003 à juillet 2008, le gouvernement soudanais et plusieurs groupes armés organisés, en particulier le Mouvement/Armée de libération du Soudan (M/ALS) et le Mouvement pour la justice et l’égalité (MJE). Dans leur campagne contre ces groupes armés, Omar El-Béchir et d’autres dirigeants politiques et militaires soudanais de haut rang ont planifié l’attaque des populations civiles appartenant principalement aux groupes four, massalit et zaghawa.

Aujourd’hui, à chaque déplacement, le président soudanais doit prendre ses précautions. Inculpé par la CPI de génocide, crimes contre l’humanité et crimes de guerre, Omar El-Béchir doit vérifier, à chaque invitation, si elle provient d’un pays membre de la Cour pénale internationale, au risque, d’être arrêté et remis à La Haye au Pays-Bas, où siège la cour.

Le chef de l’Etat soudanais s’est rendu au moins 50 fois à l’étranger depuis son inculpation. Parmi ses destinations favorites figurent l’Ethiopie, où siège l’Union africaine (UA), le Qatar et l’Arabie saoudite, où le président va souvent soit pour parler business, soit pour se soigner, ou encore prier.

 

  • Le Maroc, ami d’El-Béchir?

En juillet 2016, Salaheddine Mezouar, alors ministre marocain des Affaires étrangères, avait déclaré à la presse que “la position du Maroc est constante en ce qui concerne son soutien au Soudan et à son président”, suite à son entretien avec le président soudanais à Khartoum. Mezouar avait, par ailleurs, annoncé avoir remis une invitation du roi Mohammed VI au chef de l’Etat pour une visite au royaume.

Quelques mois plus tard, en novembre, El Béchir avait participé au sommet des dirigeants africains présidé par le roi Mohammed VI, en marge de la COP22 à Marrakech.

Le Maroc demeure pour le président soudanais, un pays “ami”, surtout qu’il fait parti des destinations où ils ne risquent pas d’être arrêté et livré à la CPI.

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