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A ma sœur aux tétons qui pointent

La Dépêche | 24 juillet 2018 à 15 h 46 min | Mis à jour 24 juillet 2018

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Je suis très énervée.

Je m’adresse à toi, ma sœur marocaine qui t’apprête, cet été encore, à aller narguer les vagues tout habillée.

Sais-tu que c’est là un véritable appel au sexe, tout ce tissu adhérant lourdement à ta peau, alors que tu viens de sortir de l’eau, toi qui te contraint à te parer de vertu, en te baignant ainsi vêtue ?

Ma chère sœur, à présent étendue sur le sable si chaud de la plage, tes tétons pointent, tout juste après ta baignade en burkini, au mieux, avec ton pyjama, au pire.

Eh oui, ma sœur, sais-tu que tu es très sexy ? Avec ce tissu flasque, mouillé, qui se plaque sur tes cuisses, ton ventre ? Avec tes tétons qui pointent sous ce même tissu ?

Sais-tu aussi que dans les films pornographiques, les actrices X jouent parfois à arroser d’eau leur T-shirt, qui se colle alors à leur arrogante poitrine ? Parce que l’appel au sexe est justement là, dans ce qui est suggéré, et non montré ?

Tu le sais déjà, très certainement …

Sais-tu, enfin, que je n’ai jamais vu cela, lorsque j’étais enfant et adolescente, une femme allant à l’eau tout habillée, alors que je n’ai que 41 ans ?

Ma sœur aux tétons qui pointent, oui, je te le crie : je suis très énervée.

 

 

LIRE : Une campagne sexiste veut rhabiller les femmes

 

Cela va faire des années que je n’ai pas foulé, l’été, le sable de la côte Atlantique, ni celui de la Méditerranée, que je ne connais plus ce bonheur estival d’aller me jeter dans la fraîcheur des vagues.

C’est parce que je ne supporterais pas de te voir t’y baigner ainsi, tout habillée, ô toi ma sœur, ô mon égale.

Cette vision de toi, si misérable, si abêtie, me fait très mal. Toi qui devrait, bien au contraire, être tellement fière, assumer entièrement ton état de femme, bien dans ta tête, à l’aise avec ton corps.

Je ne supporterais pas, non plus, le regard concupiscent des mâles sur moi, je n’ai pas été habituée à un tel manque d’éducation de la part des hommes de mon pays.

Je ne suis pas passéiste, mais j’ai connu ce temps où être en maillot de bain, femmes, hommes, enfants, tous ensemble à la plage, ne relevait que du très ordinaire.

Les choses ont bien changé. Dur, dur, aujourd’hui, d’être en deux-pièces, et même en une-pièce, sur une plage marocaine.

Impossible de ne pas être harcelée.

Cela dit, ma sœur aux tétons qui pointent, permets-moi de te conter une toute petite anecdote, tirée de mon passé.

L’Amphitrite, dans les années 80, en plein été. Cette piscine très connue, désormais très courue, qui fait face à la plage de Skhirat, non loin de Rabat, était à cette époque quasi-déserte.

Mon père, informaticien dans une banque, ma mère, professeur de français dans un collège à Casablanca, possédaient une voiture, ce qui nous permettait de voyager et d’aller nous baigner là où cela nous chantait.

La piscine et la plage de Skhirat étaient peu peuplées. Tous autant que nous étions portions un maillot de bain.

Je me souviens de joyeux pique-niques sur le gazon, devant cette piscine, en famille, oncles, tantes, cousins, cousines, mon frère et moi.

Posés à côté de quelques serviettes, ces objets usuels : un livre, un magazine, un journal.

Ma chère sœur aux tétons qui pointent, nous parlions, plaisantions, riions, en français et darija mélangées.

Evidemment, aucune allusion au sexe. Ça, c’était réservé à l’intimité des chambres à coucher.

Personne ne nous harcelait.

Notre journée de bronzage et de baignades terminée, nous ne laissions aucun déchet derrière nous, les lieux restaient aussi propres que nous les avions trouvés.

Oui, je suis vraiment très énervée.

Aujourd’hui, le droit d’entrée pour une journée à l’Amphitrite, et à la plage privée de Skhirat, coûte, aux dernières nouvelles, 1000 dirhams par personne. Inaccessible aux miens, ceux de la classe moyenne.

Partout, sur les plages dites « publiques », des Marocaines aux vêtements mouillés, plaqués sur leur corps.

Pas un journal, aucun magazine, encore moins de livre qui traînent près des serviettes.

Et, en fin de journée, vilement abandonnés sur le sable, des déchets faits de matières plastiques et d’écorces de fruits.

Alors voici mon hurlement, ma sœur aux tétons qui pointent : va lire.

Bordel.

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