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4 questions pour comprendre la crise de la RAM

La Dépêche | 25 juillet 2018 à 22 h 42 min | Mis à jour 25 juillet 2018

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La compagnie aérienne nationale se trouve actuellement sous le feu des projecteurs. En cause, un bras de fer entre les pilotes et la direction. Comment est-on arrivé là ? Comment peut-on sortir de cette crise ?  Explications.  

 

 

Quand la crise a-t-elle commencé ?

A l’issue d’une réunion sur les conditions de travail des pilotes, représentées par l’Association marocaine des Pilotes de Ligne, avec les dirigeants de la RAM, une guerre de communiqués s’est déclenchée. Mettant en cause le refus des pilotes devant les propositions formulées par la compagnie, Abdelhamid Addou, PDG de la RAM a, dans une lettre à forte charge émotionnelle, dénoncé la « grève » annoncée par l’AMPL le 18 juillet, malgré les engagements qu’il avait lui-même pris. « Nous avons entrepris de mettre en place un process pour améliorer le quotidien (…) En réponse à cela, nous constatons un refus, fait par une minorité influente, accepté et validé par tous, de tout compromis avec la compagnie et de toute possibilité de paix sociale », regrette Abdelhamid Addou dans ce courrier.

 

L’association des pilotes a aussitôt répondu par un communiqué de « mise au point » glaçant où elle dément « formellement les allégations » de la RAM. « L’AMPL confirme que les pilotes de ligne assurent leurs missions, à savoir leurs vols de même que leurs astreintes tels que prévus sur leurs programmes de vols mensuels établis par la Compagnie Royal Air Maroc et ce, conformément aux lois et règlements en vigueur », assure le groupement des pilotes, tout en niant avoir pris une décision de grève.

 

Ce conflit larvé entre la direction de la RAM et ses pilotes ne date pas d’aujourd’hui : en juin 2017 déjà, à la suite de la mort de l’un des leurs après une crise cardiaque au moment du décollage d’un appareil, les pilotes avaient reproché à leur employeur de ne pas assurer les conditions minimales de sécurité car, selon eux, leur collègue aurait pu être sauvé si l’ambulance prévue à cet effet avait été équipée.

 

Que veulent au juste les pilotes ?

Se disant victime d’une volte-face de la RAM, les pilotes de l’AMPL ont tenu une conférence de presse à Casablanca voici deux jours, le lundi 23 juillet, afin d’expliquer leurs revendications. Sur quatre revendications « majeures », trois auraient déjà été approuvées par la direction avant qu’elle ne change d’avis, à en croire Amin Mkinsi, à la tête de l’AMPL. En premier lieu, les pilotes demandent la revalorisation de leur salaire, à hauteur de 15.000 dirhams mensuels pour les commandants de bord et de 10.000 dirhams pour les copilotes. Leur argument : la dernière augmentation remonte à 10 ans.

 

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La RAM avait, dans un premier temps, accepté de répartir ces augmentations en 3 tranches sur 5 ans, avant de conditionner leur application à la signature d’un contrat-programme avec l’Etat, dont l’échéance n’est pas encore connue. Si la direction a dernièrement accepté ces augmentations avec, en contrepartie, un engagement de l’APML de ne plus demander davantage pendant 7 ans, la compagnie souhaite aujourd’hui contraindre ses pilotes à ne plus rien demander sur la même période, soit aucune autre revendication d’amélioration des conditions de travail, ce que réfute catégoriquement Amin Mkinsi. Le président de l’AMPL a également fait savoir dans son allocution que les pilotes désirent bénéficier de plus de temps de repos, à l’instar de leurs confrères dans d’autres compagnies aériennes, à l’étranger.

 

En plus de 48 heures de repos par semaine, les pilotes souhaitent bénéficier d’un congé mensuel de 4 jours pour éviter le surmenage, qui ne cesse selon eux de s’exacerber du fait des remplacements et changements de dernière minute dans les plannings des pilotes. Enfin, leur dernière revendication est celle de la soumission aux mêmes conditions de travail des pilotes de la RAM avec ceux de RAM Express, qui comprend les vols à courte distance comme ceux reliant le Maroc au Sud de l’Espagne.

 

Quel impact sur la RAM ?

Bien que l’APML refuse de qualifier ce mouvement de « grève », les pilotes s’abstiennent en ce moment d’assurer des vols « qu’ils ne sont pas censés conduire », selon le président de l’association. Depuis le début de cette crise, 44 vols de la RAM ont été annulés, ce qui a engendré des pertes évaluées jusqu’à 20 millions de dirhams, selon nos confrères de Médias24.com, qui citent « une source sûre ».

 

De son côté, la compagnie aérienne, qui fête ses 60 ans cette année, menace de stopper les avancées dans les carrières de ses pilotes et d’annuler les commandes d’avions en cours. Pourtant, si la RAM déplore avoir « mobilisé des moyens dont [elle] ne dispose pas pour répondre aux attentes des pilotes », la compagnie affiche globalement des indicateurs de bonne santé. Le trafic aérien de la RAM a augmenté de 9% en 2017 par rapport à 2016, tandis que son chiffre d’affaires et son résultat net ont connu des hausses respectives de 7% et de 13.8% entre 2015 et 2016.

 

Qui détient les clés d’une sortie de crise ?

Certainement pas les pilotes. Seule une concession de la direction de la RAM aux demandes de l’AMPL pourra faire rentrer les choses dans l’ordre. Mais pour cela, la compagnie préférerait une intervention de l’Etat, son actionnaire majoritaire, qui détient 53.94 % des parts du capital. Pour la première fois depuis le début de ce bras-de fer, le round des discussions RAM-AMPL s’est déroulé en présence de hauts responsables du ministère du Tourisme, ce lundi 23 juillet.

 

L’Etat, par l’entremise du ministère du Tourisme, est en réalité directement concerné par les demandes des pilotes car l’ensemble de leurs revendications sont tributaires de la signature du tant attendue d’un contrat-programme liant l’Etat à la compagnie aérienne. De leur côté, les pilotes tablent sur la réouverture des cycles de formation par la RAM Academy, l’établissement de recrutement et de formation des pilotes, fermé depuis 2014 du fait de difficultés financières.

 

Mais s’il est vu par l’AMPL comme moyen de pallier le sous-effectif dans les rangs de pilotes – et par conséquent d’alléger leur charge de travail -, la RAM ne se voit pour l’instant instaurer une politique de recrutements de nouveaux pilotes, aux salaires plus que confortables. Pour cela, une intervention est attendue   celle du ministère de tutelle, celui du Tourisme, piloté par Mohamed Sajid.

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